Le Nouvel An Iranien

NOWROOZ

En harmonie avec le renouveau de la nature, le Nouvel An iranien, ou Nowrooz «now = nouveau, rooz = jour», commence avec le premier jour du printemps. Le passage à la nouvelle année «Tahvil e Sâl» se fait exactement au moment de l'équinoxe du printemps. La fête du Nouvel An ne se déroule donc pas forcément à minuit le dernier jour de l'année, mais l'heure est calculée en fonction de la position de la Terre sur sa trajectoire. On tient ainsi bien compte des 365 jours 1/4 de l'année.

L'origine de l'année du calendrier actuel Iranien est, comme pour les autres calendriers musulmans, l'Hégire; l'an 622 du calendrier grégorien. L'Hégire marque le moment où le prophète Mahomet quitta la Mecque à cause des persécutions des notables pour partir à Médine. Contrairement au calendrier arabe, le calendrier iranien est solaire et non lunaire.

Exemple pour l'année 1378; le Nouvel An a commencé très précisément le dimanche 21 mars 1999 à 02h 46m 29s, heure de Genève.

La célébration du passage à la nouvelle année prend plus de 2 semaines

Les préparatifs:

Quelques semaines avant Nowrooz, il faut nettoyer et ranger les maisons de fond en comble, préparer de nouveaux habits et ainsi accueillir la nouvelle année purifié. Des personnages maquillés et portants des habits de couleurs vives, les Hadji Firouz, sillonnent les rues avec des tambourins pour annoncer l'arrivée de la nouvelle année.

Tchahar chanbeh souri

La nuit du dernier mercredi de l'année, appelée «Chab e Tchahar chanbeh souri», est une fête d'origine Zoroastrienne. C'est la fête du Feu. Dans les rues, des brasiers sont allumés par dessus lesquels les habitants bondissent en criant : «Sorkhié to az man va zardié man az to», ce qui veut dire "Donne moi ta belle couleur rouge et prends en échange ma pâleur maladive!". La fête s'accompagne de "Ghâchogh zani", c'est-à-dire de "tapage de cuillères". Les enfants, cachés dans des tchadors tapent avec des cuillères sur des casseroles pour annoncer le dernier mercredi de l'année. Ils vont de porte-à-porte et reçoivent des friandises sucrées ou salées.

La table du Nouvel An

Dans chaque maison est dressée une table de «haft sin», littéralement "7 S". Il s'agit d'une table où se trouvent 7 choses commençant par la lettre S.

On y trouve au choix :

Sabzeh (des lentilles qu'on a préalablement fait pousser), Sib (des pommes), Serkeh (du vinaigre), Sir (de l'ail), Somâgh (du sumac), Sekeh (des pièces), Sendjed (des olives de Bohême), Sonbol (une jacinthe), Samanu (une sucrerie ressemblant au halva)

On y trouve également, un miroir, des bougies, des oeufs coloriés, un bocal de poissons rouges et un Coran.

Le menu du jour de l'an : le riz au poisson et aux herbes (Sabzi Polo va Mahi)

Pour 4 personnes

Préparation : 45min (et au moins 2h de trempage pour le riz)

Cuisson : 1h

Ingrédients: 2 verres et demi de riz long grain basmati (trempé 2h dans de l'eau salée), 1 loup de taille moyenne, 1/2 verre de ciboulette ou d'oignons frais hachés, 1/2 verre de persil haché, 1/3 de verre d'aneth haché, 1/3 de verre de coriandre haché, 2 poireaux entiers, 3 gousses d'ail, 1/2 cuillère à café de safran moulu dilué dans 1/3 de verre d'eau chaude, 1/2 verre de beurre, 1/2 verre d'eau chaude, 8 verres d'eau, 4 cuillères à soupe de sel fin, 2 cuillères à soupe de farine, 2 jus de citrons, sel, poivre.

Le Riz

Rincer le riz 3 fois à l'eau tiède, puis le mettre à tremper 2h dans de l'eau et le saupoudrer avec 2 cuillères à soupe de sel. Hacher finement les herbes. Dans une marmite profonde, porter à ébullition 8 verres d'eau avec 2 cuillères à soupe de sel. Egoutter le riz. Le verser dans la marmite. Laisser bouillir 10 minutes à feu très vif. Remuer 2 fois délicatement pendant la cuisson pour détacher les grains qui auraient pu coller. Egoutter et rincer le riz à l'eau tiède. Faire chauffer dans la même marmite la moitié du beurre, 2 cuillères à soupe d'eau et une goutte de safran dilué. Déposer dans la marmite 2 écumoires de riz et 1 écumoire d'herbes, 3 gousses d'ail non épluchées et les poireaux lavés mais entiers. Répéter cette opération et arranger le tout en forme de pyramide. Verser sur la pyramide de riz 2 cuillères à soupe d'eau chaude, le reste de beurre et 1 goutte de safran dilué. Prendre un torchon propre. Le mettre sur la marmite. Poser le couvercle et faire un noeud pour éviter que la vapeur ne s'échappe. Laisser cuire 10 minutes à feu moyen et 50 minutes à feu doux. Avant de servir, retirer la marmite du feu. Laisser tiédir 3 minutes sur une surface mouillée sans enlever le couvercle. Prélever 2 cuillères à soupe de riz doré dans la marmite et les réserver pour garnir. Avec une écumoire, sans toucher au fond grillé, placer délicatement le riz, toujours en forme de pyramide dans un plat. Avec une spatule en bois, démouler le fond grillé dans un petit plat et le servir en accompagnement.

Le Poisson

Choisir un loup de taille moyenne. L'écailler, le vider, enlever la tête, la queue et les nageoires. Couper le poisson au milieu, de haut en bas, sans enlever l'arête principale. Ensuite le couper en six morceaux. Laver et essuyer le loup et le rouler dans de la farine salée. Dans une poêle, faire dorer le poisson des deux côtés avec 2 cuillères à soupe d'huile. Dresser le loup dans un plat. Le garnir avec le jus de citron et le safran.

Sizdah bedar

La fête du Sizdeh bedar; Le 13ème jour de Farvardine, le premier mois de l'année, la famille quitte la maison en emportant les Sabzeh du Haft Sin (les lentilles germées de la table du Nouvel An) pour les jeter loin de la maison dans l'eau, afin d'éloigner le mauvais sort de la demeure.

Le Sizdah bedar clôt les fêtes de Nowrooz.

 

La légende

L'origine légendaire de calendrier Iranien est chantée dans Le Livre du Roi par le poète Ferdosi.

Le Roi Djamchide avait vaincu des géants maléfiques qui faisaient régner la terreur dans le pays. Djamchide les contraignit à le porter assis sur son trône, durant toute une journée, de la ville de Damavande à celle de Babol. À la vue du cortège triomphal du roi victorieux dominant les géants asservis, ses sujets grandement surpris et admiratifs lui couvrirent la tête de pierres précieuses et appelèrent ce jour béni «Noukrouz», c' est-à-dire «Point du Jour». Au fil des siècles , ce mot s'est altéré en «Nowrooz » ce qui signifie «Nouveau Jour».

Il y a plus de 2000 ans, à l'époque de la dynastie des Sassanides le premier jour de l'année était également la fête du roi. Les impôts perçus lui étaient apportés et on frappait les pièces d'or à son effigie .

La «Maison du Feu», foyer sacré des Zoroastriens, était soigneusement lavée, rangée et décorée. Le soir du dernier mercredi de l'année, on fêtait la fête du Feu appelée aujourd'hui «chab e tchahar chanbeh souri», donc littéralement la fête de la nuit du mercredi. Sur chaque grande place étaient allumés des brasiers par-dessus lesquels les habitants bondissaient en criant aux flammes: «Sorkhi e to az man va zardi e man az to», ce qui signifie «Donne-moi ta belle couleur rouge et prends en échange ma pâleur maladive!».

Puis on faisait éclater des pétards et partir les feux d'artifice. Beaucoup, parmi lesquels surtout des enfants, se voilaient d'un «tchador» et parcouraient les ruelles de la ville en tapant sur des casseroles avec une cuillère pour annoncer le dernier mardi de l'année. Ils allaient, de porte-à-porte, pour recevoir des friandises. Les artistes de la cité, déguisés en noir et vêtus du «hadji firouz», habits aux couleurs très vives, défilaient en chantant et en dansant pour égayer les habitants et les avertir, si nécessaire, de l'approche de la nouvelle année.

La veille du Jour de l'An, tous se levaient très tôt pour se rendre au bord des rivières, vers les sources, les puits et les points d'eau afin d'y célébrer la fête de l'Eau en jouant et en s'aspergeant mutuellement. Une fois ce rite purificateur accompli par ces ablutions, avant tout échange de paroles, il fallait manger un aliment sucré, symbole de douceur et de joie. Quinze jours avant la nouvelle année, les femmes faisaient le grand nettoyage et ornaient les maisons. Elles préparaient de nouvelles robes, les pâtisseries et les graines «SABZI» qu'on faisait germer en signe de renouveau de la verdure.

Dans chaque demeure, la nappe de «7 M» était installée. Sept choses dont le nom commençait par «M»: «Miveh» (fruits), «Morgh » (poulet), «Mahi» (poisson), «Maste» (yoghourt), «Moussire» (échalotes), «Mey» (vin), «Meygou» (crevettes)... Depuis la plus haute antiquité en Iran, le chiffre sept est sacré. Par ailleurs, le chiffre «7» symbolisait également sept astres que les savants iraniens avaient découverts.

Sur un plateau posé sur la nappe, on mettait donc selon les régions ou les coutumes familiales:

un bol d'eau où flottait une feuille verte, un bol de lait, un bol de crème fraîche, un autre contenant des œufs coloriés, un bocal de poissons rouges et un flacon d'eau de rose, et autour d'un miroir deux chandeliers qui portaient autant de bougies que la famille comptait d'enfants.

A ces denrées, s'ajoutaient des pâtisseries, des amuse-bouches et sept branches noueuses d'arbres, olivier, saule ou grenadier, que l'on s'offrirait les uns aux autres en se souhaitant du bonheur pour la nouvelle année.

Assis autour de la nappe, les membres de la famille et les amis attendaient la «transition» du Nouvel An en chantant des cantiques et des airs traditionnels. A un moment donné, l'aïeul se levait, donnait à chacun trois cuillères de miel ou une pâtisserie sucrée, une pièce d'or ou d'argent, trois feuilles vertes et félicitait, embrassait et souhaitait à tous du bonheur pour l'année nouvelle. Le treizième jour de l'an, les familles au grand complet, emportaient les plats de germes verts, quittaient en procession les maisons pour un pique-nique dans un lieu verdoyant et aéré. Les germes étaient jetés dans l'eau très loin des demeures pour en éloigner le mauvais sort. Ce jour joyeux qui se passait au milieu des danses et des chants se nommait donc «sizdah-bedar» et clôturait les fêtes du «Nowrooz».